LXRV BEAU LIVRE LA MARTINIERE LES ARTISANS DU LUXE FRANÇAIS JOHN LOBB MAISON MICHEL PHOTOS JEAN-MARC PALISSE
À g., photo d'un bottillon Colbert, box gris et chevreau rouge, signé John Lobb, propriété du groupe Hermès depuis 1975. À d., présentation sur une forme en bois d'une casquette en feutre de la Maison Michel dans la galaxie Chanel depuis 1996. (© Jean-Marc Palisse / Artisans du luxe français - Éd. de La Martinière)

Artisans du luxe français : un monde à part

PARIS, 12 NOVEMBRE 2014, LXRV – Le beau livre intitulé « Artisans du luxe français » qui vient de paraître aux Éditions de La Martinière est une œuvre passionnée et passionnante à six mains. « Que ce soit dans des lieux d’exception, des ateliers d’artistes ou encore au fil de leurs nombreuses rencontres dans l’univers de la création, la directrice artistique Caroline Clavier et le photographe Jean-Marc Palisse allient leur regard depuis plus de quinze ans, explorant leurs sujets “ de l’intérieur ”, une de leurs marques de fabrique. Ici encore, ils poursuivent cette recherche, accompagnés des textes de Pascale Richard » peut-on lire en introduction.

Afin de dévoiler certains des mystères d’une douzaine « des plus exceptionnels ateliers du luxe français », les auteurs expliquent qu’ils ont recueilli « les confidences et la grâce d’un monde à part ».

De « la plus illustre manufacture de cristal au monde, qui fête cette année son 250e anniversaire », Baccarat, à la Maison Michel fondée en 1936, spécialisée dans la création de chapeaux et d’accessoires de tête, en passant par Bernardaud, Cadolle, Charvet, Teinturerie Gabriel, Hermès, John Lobb, Lemarié, Lesage et Lognon, le trio offre au lecteur un bel objet imprimé riche d’histoire et de secrets de fabrication.

LXRV BEAU LIVRE LA MARTINIERE LES ARTISANS DU LUXE FRANCAIS BACCARAT PHOTOS JEANMARC PALISSEChez Baccarat, on apprend que chaque pièce une fois achevée, déposée sur le tapis roulant de l’arche de recuisson où elle prend son temps pour refroidir en douceur, est livrée « aux impitoyables choisisseuses qui décideront si elle est digne de la taille et de la dorure, ou si sa destinée s’arrête là. La mal finesse est traquée sans le moindre état d’âme, et pour les prévenir, la tradition interdit l’union d’une choisisseuse et d’un verrier. Quant au cristal rejeté, il pourra renaître de ses cendres puisque 30 % du rebut sera recyclé sous forme de groisil ».

Un peu plus loin, l’héritière d’un savoir-faire transmis de mère en fille dévoué au corps des femmes, Poupie Cadolle, cinquième du nom, confie que « le moindre soutien-gorge est de loin le vêtement le plus complexe à patronner, à fabriquer ». « Même la chaussure, ce n’est rien à côté » dit-elle. Sa maison plus que centenaire de lingerie d’exception, partenaire depuis vingt-cinq ans du Crazy Horse, est installée rue Saint-Honoré à Paris. « Faire la démarche de venir chez moi, ce n’est pas anodin, on entre souvent dans l’intimissime » déclare cette gardienne de l’âme corsetière qui compte parmi ses clientes des actrices et des épouses de chefs d’État ou de milliardaires.

LXRV BEAU LIVRE LA MARTINIERE LES ARTISANS DU LUXE FRANCAIS CADOLLE CHARVET PHOTOS JEANMARC PALISSELe chapitre suivant aborde le célèbre chemisier de la place Vendôme où l’on vient du monde entier s’habiller depuis « voilà bientôt deux siècles » : Charvet. La « famille Colban qui a racheté ce fleuron de l’élégance française en 1965 » a épargné « au chemisier du général de Gaulle de passer en mains étrangères » soulignent les auteurs. L’extraordinaire richesse de la collection de cotons, provenant pour la plupart d’Égypte « qui fournit les plus purs, aux fibres naturellement longues et brillantes, gage de la finesse des fils, (…) compte plus de six mille références, un camaïeu de six cents bleus, quatre cents blancs… » Deux fois par an, quatre mille nouveautés de cravates faites à la main sont également conçues et proposées, à raison de vingt couleurs par modèle. « Et comme on ne sait plus trop quelle est la largeur idéale d’une cravate, la maison a tranché en faveur d’un compromis de 8,7 centimètres ».

LXRV BEAU LIVRE LA MARTINIERE LES ARTISANS DU LUXE FRANÇAIS FABRICATION SAC HERMÈS BIRKIN PHOTO JEAN-MARC PALISSEDans les ateliers Hermès dédiés à la coupe des peaux des trois espèces de croco « porosus », « niloticus » et « alligator », on explique que « le tannage dissoudra d’abord la kératine, donnant à la peau l’aspect d’une “ croûte ” blanche. Ensuite viendra la mise en teinture : Vert émeraude, Ultraviolet, Bougainvillier, Bleu électrique, Rose shocking, ou Rouge braise, le croco n’a peur de rien. (…) Pour la finition lisse uniquement, le lissage se fera à la pierre d’agate afin de faire monter la couleur et gagner en brillance. Les peaux seront retrempées, cadrées, séchées puis “ refendues ” pour être mises à la bonne épaisseur. Ultime peaufinage, quelques minutes d’étuve pour retrouver un peu de gonflant avant le gaufrage sur une plaque chauffante qui donnera un léger bombé au dessin de chaque écaille. Car ce que l’on appelle pour plus de simplicité une écaille n’est en fait que son empreinte, l’écaille ayant disparu au cours du tannage. »

Au fil de ces 240 pages, les trois artisans du verbe et de l’image rapportent ainsi leurs expériences précieuses et informations précises récoltées dans les coulisses, parfois les archives, de l’excellence. « Mains savantes et anonymes, rituels d’initiés, gestuelles sacrées, matières précieuses composent le cœur de ces pages à l’épure sensible » commentent ces reporters partis en immersion là « où l’œuvre de Beauté s’exerce au quotidien ».

Luxe Revue

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