Face à la Baie des Anges à Nice, le Negresco et sa façade classée monument historique : un grand vaisseau blanc, construit il y a tout juste cent ans dans le plus pur style Ritz, qui est avant tout un hôtel « familial ». Un lieu de tous les possibles, une extravagance servie sur un plateau mais sans piscine, qui a vu passer les plus grandes têtes couronnées et les noms les plus célèbres de la politique, de l'industrie et du septième art. Les animaux y sont toujours accueillis à bras ouverts. (© Negresco 2012 / The Leading Hotels of the World)

Cent ans de Negresco

NICE, 4 JANVIER 2013, LXRV – L’hôtel Negresco a ouvert ses portes le 8 janvier 1913. Depuis cette date, sa façade d’un blanc étincelant et son dôme rose ne cessent de veiller sur la Baie des Anges.

L’établissement doit son nom au jeune Roumain Henri Negrescu arrivé à Monte-Carlo en 1893. Ce fils d’aubergiste et violoniste tzigane, débutant dans la restauration, se fait vite remarquer dans la région pour ses qualités professionnelles qui lui valent une clientèle brillante et fidèle.

En 1905, il prend les directions du restaurant du casino municipal de Nice et de celui du casino d’Enghien-les-Bains. Le premier va lui permettre de rencontrer le Français d’origine néerlandaise Edouard Niermans, « architecte de la Cafe Society ». A Enghien, il fait la connaissance d’Alexandre Darracq, futur financier du projet qui portera son nom de naturalisé français : Negresco.

Pour marquer l’histoire de la Côte d’Azur, Niemans n’hésite pas aussi à faire appel à Gustave Eiffel qui conçoit l’armature du Salon Royal, considérée aujourd’hui comme l’une des plus belles verrières d’Europe. La première saison est un succès colossal avec 800 000 francs-or de bénéfice !

A la fin de la Première guerre mondiale, Henry Negresco est ruiné, il s’éteint à Paris, en 1920. Son palace niçois est racheté par une société belge et entre en léthargie, sombrant peu à peu dans l’oubli. Jusqu’en 1957, quand une tragédie familiale oblige Jean-Baptiste Mesnage et sa fille Jeanne, future épouse de l’avocat niçois Paul Augier, à racheter l’établissement qui va renaître de ses cendres.

La passion développée par Jeanne Augier va faire retrouver sa première place au Negresco qui devient l’ambassade vivante de son exceptionnelle collection d’art mariant œuvres anciennes et contemporaines. Elle compte aujourd’hui plus de 6000 pièces.

En 2009 et 2010, d’importants travaux de rénovation et de modernisation sont réalisés dans la perspective des célébrations du centenaire. Six mois de fermeture et dix millions d’euros, somme importante pour l’un des rares palaces d’Europe en mains privées, sont nécessaires pour redonner tout son éclat au phare cinq étoiles de la Baie des Anges, synonyme d’un certain art de vivre et d’une joyeuse insouciance, celle de la Belle Epoque.

Sur la promenade des Anglais, le Negresco est plus que jamais une adresse historique, intemporelle et convoitée. Mais sa propriétaire, d’origine bretonne, fidèle à son côté « très cocorico » et à sa devise — «Rien n’est jamais facile, ça aurait trop de charme» –, s’entête à refuser les offres de rachat, plus d’une centaine dit-on, de la part de grands groupes ou de particuliers milliardaires qui se verraient bien propriétaires à sa place.

En 2011, Madame le Président directeur général, qui n’a jamais caché qu’elle aimait aussi les animaux au point de les autoriser dans son lieu, a même créé le fonds de dotation Mesnage-Augier Negresco « pour pérenniser l’œuvre de sa vie et notamment ses engagements caritatifs aussi bien au service de la misère humaine que de la misère animale ». Domicilié 37, promenade des Anglais, l’organisme à durée illimitée a pour objet, entre autres, de « participer activement à la préservation culturelle en France, notamment en assurant la sauvegarde de l’hôtel Negresco et de ses collections. »

Jeanne Augier, bientôt âgée de neuf dixièmes de siècle, a inventé le palace qui lui survivra, éternel, immortel : du grand art.

Luxe Revue



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