Cette planche originale des pages de garde publiées en bleu foncé dans les albums de Tintin jusqu'en 1958 a suscité une guerre d'enchères exceptionnelles pour finalement atteindre 2,51 millions d'euros. Parmi les 34 situations représentées dans le dessin, qui mettent en scène Tintin et Milou dans leurs différentes aventures, une seule n'a jamais été publiée : celle où on voit les héros habillés pour le pôle Nord. (© Hergé-Moulinsart / Artcurial 2014)

La BD retrouve des couleurs sur le marché de l’art

PARIS, 29 MAI 2014, LXRV – Artcurial a marché sur la lune le week-end des 24 et 25 mai 2014, enregistrant un triple record mondial, en particulier grâce à la vente d’une planche originale datée de 1937 signée Hergé. Estimé entre 700000 et 900000 euros, le dessin a été acheté par un collectionneur privé américain pour un montant de 2,5 millions d’euros, soit l’œuvre de bande dessinée la plus chère au monde, adjugée plus de deux fois le montant record déjà enregistré par cette maison en 2012 pour un dessin du même auteur extrait de « Tintin en Amérique ». Une autre encre de Chine originale, réalisée pour la couverture de l’album « L’Île noire » publié en 1942, a également dépassé le million d’euros.

Au final, la vente qui comprenait près de mille lots a enregistré un montant total d’enchères jamais atteint de 7,46 millions d’euros, historique pour une telle vacation : non seulement elle confirme Artcurial dans son statut de temple mondial de la BD, mais surtout elle inscrit un nouveau marqueur pour les amateurs du genre. Elle démontre aussi que le neuvième art profite de la tendance haussière du marché en général, en passe de retrouver, sans doute en 2014, « son extraordinaire niveau des années fastes d’avant la récession » selon la formule employée au mois de mars par la TEFAF (The European Fine Art Fair).

« Le chiffre du département BD était de 12,3 millions d’euros en 2012 et de 7,3 millions en 2013. En 2014 nous sommes déjà à plus de 8 millions et la vente de novembre viendra augmenter ce chiffre pour dépasser les 10 millions. Il y a 10 ans, nous ne faisions que 30000 euros… » nous confie l’expert bande dessinée de la maison Artcurial, Eric Leroy. Selon lui, les raisons de cette reprise s’expliquent d’abord par le « changement de mentalités des jeunes qui ont lu des albums au cours des années 1980 et arrivent avec un pouvoir d’achat certain leur permettant de s’offrir des souvenirs de lecture… » Il ajoute : « Les artistes de BD sont aussi des témoins extraordinaires de notre époque, capables de dessiner des sujets qui décorent nos intérieurs. Les tableaux de Enki Bilal en sont le parfait exemple ».

Hormis ce dernier artiste cité, dont la cote est la plus élevée pour un Français vivant, sur quels dessinateurs parier ? Eric Leroy répond : « Les auteurs les plus recherchés sont ceux des grands classiques comme Uderzo ou Franquin. Dans la génération des albums parus en 1970 et 1980, il y a aussi Tardi, Schuiten… Et Nicolas de Crécy ou Joann Sfar parmi les jeunes déjà confirmés. Mais pour trouver le futur Hergé, qui est très loin devant tous car déjà muséal, j’invite tout le monde à lire de la BD. Mon conseil : achetez les auteurs que vous aimez ! »

Luxe Revue



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