Faisant face à la commune de Plougrescant dans les Côtes-d’Armor, cette île vendue sous l'appellation de « Island at the Côte de Granit Rose » est mise à prix 2,28 millions d'euros par Vladi Private Islands. (D.R. )

La possibilité d’une île privée française

HAMBOURG, 16 JUIN 2014, LXRV – « Le milliardaire Aristote Onassis n’était peut-être pas la première personnalité à posséder son île privée, mais il a été le premier à démontrer qu’il n’y a pas meilleur refuge ». L’auteur de cette phrase, Farhad Vladi, sait de quoi il parle : il a vendu plus de 2500 îles avec la société qui porte son nom, fondée en 1971 à Hambourg en Allemagne. C’est lui qui avait été mandaté par l’héritière de l’armateur grec, Athina Onassis Roussel, pour expertiser il y a quelques années son île sublime située dans la mer Égée, Skorpios. Elle l’a finalement cédé l’an dernier à Ekaterina Rybolovlev, âgée de 24 ans, fille du milliardaire russe Dmitry Rybolovlev. Incontournable dans le milieu très secret des propriétaires d’îles privées, le courtier a souvent vu son nom associé à des ventes de biens célèbres comme celui de l’atoll d’Arros aux Seychelles.

Depuis plus de quarante ans qu’il parcourt les mondes ultramarins, Farhad Vladi a patiemment enrichi une base de données d’environ 12.000 profils de terres isolées de tous côtés par les eaux. Un véritable trésor qui lui a valu un jour d’être surnommé « marchand d’art naturel » par le magazine Géo.

En ce moment, son catalogue en ligne propose un choix de plus de 300 îles privées à vendre, de 65.000 dollars canadiens (45000 euros) à plusieurs dizaines de millions d’euros. La fourchette est large entre un îlot au Canada, une perle exotique des Caraïbes ou un joyau chic de la Méditerranée. « Si vous pouvez acheter une voiture, vous pouvez vous offrir une île » aime souvent plaisanter Farhad Vladi qui a élaboré une véritable check-list en douze points permettant de valider ou non son projet de Robinson : à combien de minutes se situe l’hôpital le plus proche ? Quelles sont les espèces endémiques avec lesquelles il faudra cohabiter ? Comment se comportent les autorités locales… ? Répondre à toutes ces questions permettra utilement d’éviter de tomber en enfer à cause d’une île paradisiaque.

Dans les années 1990, la perspective d’acquérir une île privée était considérée comme un luxe suprême, le fantasme absolu d’un idéal de vie libertaire, à l’image de l’acteur américain Marlon Brando qui partagea sa vie pendant quarante ans entre Hollywood et son atoll Tetiaroa du Pacifique acheté en 1965 après y avoir tourné cinq ans plus tôt Les Révoltés du Bounty. À cette époque, une île déserte était une vraie aventure si l’on voulait la rendre un minimum vivable. Aujourd’hui, la possibilité d’une île civilisée est plus forte que jamais : il suffit de quelques semaines pour installer une habitation préfabriquée prête à fonctionner avec eau, électricité et communications par satellite…

Après le 11 septembre 2001, la demande a été plus forte que jamais, surtout du côté des particuliers fortunés qui cherchaient à fuir les peurs du monde moderne. C’est dans cette décennie que Farhad Vladi a participé à la vente très médiatique de Leaf Cay, dans les Bahamas, à l’acteur américain Nicolas Cage (qui l’a revendue depuis) pour un prix de 3 millions de dollars. D’autres stars comme Johnny Depp ont aussi succombé à la tentation… « Parfois, une île devient un élément vital, réparateur de l’âme de son propriétaire » confie l’expert insulaire.

On a vu également des compagnies croisiéristes ou des sociétés touristiques développer des îles resort plus ou moins exclusives. Quant aux fonds d’investissement ou particuliers richissimes qui ont imaginé des montages aussi exotiques que spéculatifs autour de biens insulaires, leurs plans ont souvent fini… à l’eau. « La crise est passée par là, nous voyons de plus en plus de propriétaires contraints de vendre leur île aux enchères, à des prix bradés, c’est une bonne nouvelle pour les amateurs », explique Farhad Vladi.

Après les événements climatiques extrêmes des années 2000, en particulier le tsunami du 26 décembre 2004 qui ravagea les côtes de l’Indonésie, de la Thaïlande et du Sri Lanka, ainsi que l’ouragan historique Katrina qui déferla sur la Nouvelle Orléans aux États-Unis en 2005, les critères de sélection se sont faits encore plus sophistiqués et exigeants. « Nous avons appris à nous méfier des îles perdues »  commente le patron de Vladi Private Islands, lui-même propriétaire dans les eaux de la Nouvelle-Zélande.

Le courtier confirme aujourd’hui un retour du marché à un niveau normal, loin des prix artificiellement gonflés avant l’éclatement de la bulle financière en 2007/2008. Il souligne aussi l’arrivée d’un nouveau réservoir de clientèle toujours à l’affût de bonnes affaires, les Asiatiques fortunés.

Il y a quelques jours, le « island broker » a dévoilé une petite rareté : l’île privée française d’Er, située dans l’archipel breton du même nom, rebaptisée « Island at the Côte de Granit Rose » pour le marché international. Prix de ce bout de Bretagne de 27 hectares qui comporte un petit hameau de quatre bâtiments, des champs cultivables et des plages de sable fin : 2,28 millions d’euros.

Luxe Revue



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