L'écrin de la donation d'un artiste géant, ordonné en volumes fonctionnels autour d’une lumière contrôlée. Le musée conçu sur quatre niveaux ménage des plages obscures et protégées. (Photo © Pep Sau 2014 / RCR BUNKA fondation)

Musée Soulages : le monument de l’outrenoir ouvre ses portes à Rodez

RODEZ, 30 MAI 2014, LXRV – Ni mausolée, ni pensum monographique, mais un musée « inhabituel » selon les propres mots de son hôte, Pierre Soulages. Huit ans après les premières donations du peintre et de son épouse Colette, et trois ans et demi après la pose de la première pierre, le maître du noir-lumière inaugure ce week-end à Rodez, sa ville natale située au cœur de l’Aveyron, ce lieu d’art moderne et contemporain qui lui est principalement dédié, mais pas seulement, restant ouvert à d’autres créations. Sa succession de cubes couverts de verre et d’acier Corten, à corrosion superficielle forcée, se déploie sur 6000 m² et s’intègre dans l’environnement paysager du jardin du Foirail à deux pas de la cathédrale.

La première exposition d’inauguration, intitulée « Outrenoir en Europe. Musées et Fondations », réunit jusqu’au 5 octobre une trentaine d’œuvres réalisées depuis 1979 et reflétant cette lumière si particulière transmutée par le noir, quand cette couleur cesse justement de l’être et devient émetteur de clarté, de lumière secrète : « l’outrenoir ».

« Le noir est la couleur d’origine de la peinture », explique Pierre Soulages. Il ajoute : « Pendant des centaines de siècles, les hommes, dans le noir absolu des grottes, allaient peindre avec du noir. C’est aussi la couleur de notre origine. Avant de voir le jour, ne sommes-nous pas plongés dans le noir ? On m’a raconté qu’un jour, enfant, je plongeais mon pinceau dans l’encrier pour tracer de grands traits noirs sur du papier blanc. “Que fais-tu”, m’a-t-on demandé. J’ai répondu : “De la neige.” Cela n’a pas manqué de surprendre. J’essayais peut-être, par contraste, de rendre le papier plus blanc que ce qu’il est réellement en l’opposant au noir. Mon goût pour cette couleur date de l’enfance. À l’inverse de la plupart des gens, je n’y voyais aucune symbolique particulière. Le noir est souvent synonyme de deuil. C’est une manière myope et codée de voir les choses. Cette couleur peut aussi être celle des robes de fête ou du costume d’une religieuse bénédictine. Tout à la fois l’austérité, la fête, l’anarchie, la révolte aussi bien que l’officialité. Dès que j’ai pu, vers 16 ou 17 ans, je me suis habillé en noir. Cela choquait beaucoup ma mère, qui me disait: “Tu portes déjà mon deuil !” »

Né en 1919, Pierre Soulages est aujourd’hui l’artiste français le plus connu au monde, un géant de la création contemporaine, figure majeure de l’abstraction, auteur de plus de 1500 œuvres exposées partout dans le monde. L’exploration de son travail dans le musée qui porte son nom se fait à l’aide d’un parcours croisant son histoire et ses différentes techniques : peintures sur toile et sur papier – dont les célèbres et fragiles Brous de noix, œuvres imprimées (eaux-fortes, lithographies et sérigraphies), bronzes, inclusions sous verre, cartons grandeur nature des vitraux de l’abbatiale Sainte-Foy de Conques…

Au fur et à mesure du parcours, le visiteur découvre les mystères de la technique Soulages, tout en prenant conscience de l’évolution de sa dimension dans le temps, à l’image d’une œuvre n’ayant jamais cessé de gagner en monumentalité.

Luxe Revue



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