LXRV PHOTO BEAU LIVRE ALEXANDER MCQUEEN JUDITH WATT DAPHNE GUINESS LUXE MODE BUSINESS
« L'imagination de Lee ne se reposait jamais » disait Daphne Guinness (photo) à propos d'Alexander McQueen. Un créateur en excès autocontrôlé, passant « de l'idée de la fabrication de corps hybrides à celle de vêtements hybrides inventant des silhouettes totalement inédites ». (© Art + Commerce, Sølve Sundsbø).

Le roman d’Alexander McQueen

PARIS, 17 MARS 2013, LXRV – « Il y a eu trois designers dont le travail a changé l’allure des femmes et dont l’influence a perduré : Coco Chanel, Yves Saint Laurent et Lee Alexander McQueen » peut-on lire en avant propos du beau livre «Alexander McQueen» écrit par Judith Watt, historienne de la mode, professeur au Central Saint Martins College of Art and Design de Londres. Son ouvrage, organisé de manière chronologique, se lit comme un roman, celui d’un rebelle pionnier, au talent difficile à comprendre à ses débuts, en témoigne ce surnom de « loubard de la mode » lancé par le Daily Mail en 1997, devenu au fil de ses collaborations et collections ce créateur talentueux, « avec de nouvelles idées pour des vêtements populaires et un public pour les acheter ». C’est aussi le premier livre français consacré au designer londonien disparu le 11 février 2010, « neuf jours seulement après le décès dévastateur de sa mère adorée », Joyce, son « roc ». Entre les lignes, le lecteur découvre aussi le business de la mode, la frénésie et le financement des collections, les transferts de stars, les rivalités et les amitiés. Pour atténuer les pressions, « il plongeait et nageait avec des requins. »

En décryptant l’itinéraire du « styliste visionnaire, fantaisiste, inspiré », Judith Watt nous livre les secrets d’une époque et d’un artiste majeur, un pur génie à cheval sur deux siècles, qui apprit à à couper et façonner, au milieu des années 1980, chez Anderson & Sheppard, « réalisant un « forward » (une sorte de manteau) en deux ans et demi au lieu de trois, puis suivit une formation pour couper les pantalons chez Gieves & Hawkes qu’il quittera le 17 mars 1989, jour de son vingtième anniversaire, en raison de l’atmosphère qui y régnait qu’il qualifiait d’homophobe ». Lee Alexander McQueen aurait 44 ans aujourd’hui.

Sa fascination pour les costumes historiques naît lors de son passage chez un créateur basé à Brighton. Le Japonais Koji Tatsuno lui apprend ensuite à travailler le tissu en trois dimensions, lui suggère de ne pas accepter les limites de la mode conventionnelle. Red or Dead, Gigli, et c’est la Central Saint Martins School où il présentera en juillet 1993 sa collection « Jack The Ripper Stalks His Victims ». Le 22 octobre 1996, il est nommé designer britannique de l’année aux British Fashion Awards. Et un an plus tard, Bernard Arnault lui propose un contrat d’un million de livres sur deux ans pour succéder à John Galliano et prendre la direction artistique de Givenchy. « À 27 ans, Lee McQueen devint le deuxième styliste britannique à diriger une maison de couture française » souligne Judith Watt qui explique : « Le contrat passé avec LVMH changea radicalement sa vie. Il pouvait désormais financer sa propre marque et put se positionner comme un créateur de statut international. Toutefois, il choisit de garder sa liberté en ne vendant pas de parts de sa marque à LVMH. (…) Plus qu’un simple créateur, il était désormais une célébrité ».

Sa deuxième collection chez Givenchy, « Eclect Dissect » automne / hiver 1997-1998, sera une révélation de tout son génie, McQueen passant librement « de l’idée de la fabrication de corps hybrides à celle de vêtements hybrides créant des des silhouettes totalement inédites ». Le créateur à son meilleur niveau d’anarchie ? A son meilleur niveau d’anticipation aussi : « Lorsque McQueen fut interrogé sur son modèle intégrant une burqa, perçu comme misogyne, il répondit qu’il avait pioché l’idée dans le National Geographic ! Avec ce modèle, McQueen entendait signifier que sous la robe traditionnelle se cachait un désir de consommatrice pour la mode occidentale chez les plus fortunées des femmes musulmanes, et une aspiration à exprimer une sensualité moderne ».

Sa dernière collection, Angels and Demons automne / hiver 2010-2011, sera dévoilée les 9 et 10 mars 2010 à titre posthume par Gucci. Pourquoi avait-il quitté LVMH  dix ans plus tôt ? Au-delà du business, une anecdote : « Le chauffeur de Givenchy, qui  transporta McQueen pendant cinq ans, ne lui adressa jamais la parole. Pour Lee, issu d’une famille de chauffeurs de taxi, et qui adorait plaisanter, c’était la chose la plus douloureuse qui soit. Il n’arrivait pas à le comprendre. En 2001, McQueen négocia un accord avec le grand rival de LVMH, le groupe Gucci ». Une légende construite entre sommets créatifs et abîmes dépressifs.

Luxe Revue

LXRV PHOTO BEAU LIVRE ALEXANDER MCQUEEN JUDITH WATT LUXE MODE BUSINESS



Commenter cet article

(requis)

(requis)