D'habitude, la réaction des célébrités surprises dans leur intimité est de se protéger le visage de la main, presque le leitmotiv de l’agression médiatique. Ici, la princesse de Galles, Lady Diana Spencer, signifie son dédain par un autre geste. (Photo : Alison Jackson, Diana Finger-Up, 2000)

Paparazzi : une exposition sur l’esthétique du scandale

METZ, 13 MARS 2014, LXRV – Paparazzi, quel drôle de nom pour un métier sujet à caution, essentiellement masculin, incarnant à peu près tous les défauts de la profession journalistique quand elle est coupable d’intrusion dans la vie privée, à la limite de la légalité. Il est la contraction de « pappataci » (petits moustiques) et « ragazzi » (jeunes garçons). Son inventeur n’est pas n’importe qui : le réalisateur italien Federico Fellini, pour les besoins de son film La Dolce Vita tourné en 1960. Le Centre Pompidou-Metz, à travers plus de 600 documents et œuvres (tirages, peintures, vidéos, sculptures…), a décidé de s’intéresser à ce reporter que l’on imagine cynique et dénué de morale, à son exercice photographique devenu phénomène de société. Un siècle d’instantanés (candid photographies) et d’images volées pour comprendre un peu mieux ce qui se passe dans la tête de ces chasseurs, quelque fois camouflés, souvent harceleurs, et de leurs gibiers très particuliers, les célébrités, parfois elles-mêmes consentantes, voire complices quand elles sont en manque de publicité, majoritairement des femmes, des stars, des icônes : Elizabeth Taylor, Jackie Kennedy-Onassis, Brigitte Bardot, Caroline et Stéphanie de Monaco, Diana Spencer, Paris Hilton, Britney Spears, Lady Gaga… Les clichés pris de très loin ou de très près du star system ont-ils inspiré les grand noms de la photo de mode, Richard Avedon, Raymond Depardon, William Klein, Gerhard Richter, Cindy Sherman, Andy Warhol… ? Existe-t-il une esthétique paparazzi ? C’est l’une des questions de cette exposition qui dure jusqu’au 9 juin.

Les snipers, les experts de la planque, professionnels de l’attente et de l’instant T comme téléobjectif, ou rapides comme l’éclair d’un flash déclenché à bout portant, ont pour noms Daniel Angeli, Ron Galella, Marcello Geppetti, Bruno Mouron, Erich Salomon, Tazio Secchiaroli, Sébastien Valiela, Weegee… « Entre nous, on s’appelle “les rats” », confie Pascal Rostain. Un autre chasseur de primes, Francis Apesteguy, se fait plus précis : « Quand j’mets mon jean et mes baskets et un sac à dos, avec un “télé” dedans, j’me mets en mode “rapace”. J’en ai une autre, moins belle, mais que j’aime bien aussi : être en mode “chacal”. Le chacal, ça sonne, et puis c’est rusé, ça s’faufile, c’est capable de tout, c’est dégueulasse, c’est sans scrupule. En fait, c’est le plus approprié. »

Dans le catalogue de l’exposition intitulée « Paparazzi ! Photographes, stars et artistes », publié au éditions Flammarion et Centre Pompidou-Metz, la docteure en études cinématographiques, Aurore Fossard de Almeida, confirme : « Caractère dynamique s’il en est, l’animalité fait du paparazzi un personnage instinctif. Il réagit au quart de tour, emporte l’essentiel de sa proie et la laisse, scandalisée ou anéantie, loin derrière lui. Comme les rats circulent sous les trottoirs de ceux qui orchestrent notre société, les personnages paparazzi circulent dans les bas-fonds des industries médiatiques et culturelles portées à l’écran. »

Aujourd’hui, la question est plutôt de savoir si les smartphones, demain les Google Glass, ne sont pas en train de transformer chaque individu de cette planète en traqueur amateur ou semi professionnel. Le scoop people est-il une activité trop lucrative pour être galvaudée ? Qu’en pense cette presse dévoyée, prête à tout pour vendre du papier, comme mettre en couverture la photo d’un président casqué sortant d’un immeuble rue du cirque à Paris ?

Michel Guerrin, journaliste au quotidien Le Monde, apporte un élément de réponse : « Le marché s’est également développé parce que des photos « volées » ont pu dynamiser les ventes de journaux. Un des exemples marquants est le numéro de Paris-Match du 10 novembre 1994 révélant l’existence de Mazarine Pingeot, la fille du président de la République, François Mitterrand : ce numéro s’est écoulé à 1,4 million d’exemplaires « au lieu du million habituel », a confié Michel Sola, responsable de la photographie de l’hebdomadaire. Le même Michel Sola citait la photographie montrant François Mitterrand sur son lit de mort, publiée dans Paris-Match le 16 janvier 1996, générant un tirage de 1,8 million exemplaires. Des photographies de paparazzis ne font pas que doper les ventes, elles peuvent parfois sauver un journal. »

Notre confrère souligne aussi que certaines images sont trop puissantes, donc dangereuses : « Après l’accident de voiture dans lequel Diana a trouvé la mort, le 31 août 1997 à Paris, une série de photographies a circulé dans des rédactions. L’image principale est un portrait de la princesse de Galles, agonisante, alors qu’un filet de sang coule de sa bouche. Si aucun journal, sur le moment, n’a montré ce document, ce n’est pas tant à cause du prix demandé – autour de 400 000 euros, a confié un responsable du Sun, journal populaire anglais, à la chaîne britannique Channel Four, en novembre 2007, alors qu’un responsable du journal américain The National Inquirer a affirmé que ce portrait aurait pu réaliser un million de dollars de ventes mondiales. Ce n’est pas non plus que l’image est anodine, au contraire. Ce document n’a pas été publié pour des raisons économiques : sa diffusion aurait eu un coût (saisie du journal, procès, indignation de lecteurs) supérieur au gain attendu. »

Stars, presse et argent : cette exposition est celle d’un trio subversif devenu, selon l’expression de Roland Barthes, un « mythe contemporain ».

Luxe Revue



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