LXRV PHOTO EXPOSITION QU'EST CE QUE LE LUXE LUXURY MUSEE VA LONDRES 2015
Le musée londonien V&A s'intéresse au luxe en tant que concept grand public, vivant, instable et changeant, évoluant à travers le temps au gré des nouveaux enjeux sociaux, économiques et environnementaux. Ici, une installation d'éléments en verre conçue comme la proposition architecturale et spatiale d'un paysage urbain futuriste. (Body 1, Re-materialisation of Systems, El Ultimo Grito, 2014. © Photo POI via V&A)

Qu’est-ce que le luxe ?

LONDRES, 09 JANVIER 2015, LXRV – Qu’est-ce que le luxe ? Cette interrogation est le titre d’une exposition organisée du 25 avril au 7 septembre par le musée d’art et de design londonien V&A (Victoria and Albert Museum). L’événement, sponsorisé par le promoteur immobilier de prestige Northacre, présentera « des exemples exceptionnels d’artisanat et de design contemporains ainsi que des projets conceptuels questionnant les fondamentaux de l’idée même du luxe, sa production et son avenir » prévient le communiqué de presse.

Diamant fabriqué à partir des cendres d’un animal écrasé, distributeur automatique d’Adn, couronne ecclésiastique en or, uniforme traditionnel militaire… À travers plus d’une centaine d’exemples, c’est la compréhension des méthodes de fabrication du luxe ainsi que de leur genèse culturelle, conceptuelle et physique qui se trouve ainsi soumise à réflexions, examens critiques ou interprétations, expliquent les co-curatrices Jana Scholze et Leanne Wierzba. Leur questionnement prend la forme d’un cheminement en quatre étapes. La première passe en revue la création d’objets aboutis « aux finitions exquises », définis comme luxueux en raison de l’excellence de leur design, du temps investi dans le processus de manufacture et des expertises mobilisées par le projet.

LXRV PHOTOS EXPOSITION LUXE LUXURY MUSEE VA LONDRES 2015Le garde-temps Space Traveller entièrement réalisé main par le maître horloger britannique George Daniels (décédé en 2011, ndlr) ainsi qu’une robe haute couture découpée au laser signée de la styliste néerlandaise Iris van Herpen illustrent ce mariage d’un artisanat de haute volée avec la technologie au service de l’innovation.

La deuxième partie confronte la définition du luxe aux notions fondamentales de temps et d’espace dans le contexte urbain particulier du XXIe siècle. Une montre sans cadran ou une boussole folle sont-elles emblématiques d’un certain luxe, celui de décider de se perdre délibérément ?

Dans sa troisième phase, l’exposition interroge l’avenir du luxe, ou plutôt celui de ses relations avec les matériaux nobles tels que l’or et la valeur qu’on lui donne. Des objets en résine évoquent ainsi des matières précieuses menacées par l’homme, telles que l’écaille de tortue, l’ivoire ou le bois exotique, alors qu’ils sont réalisés à partir de cheveux humains, ressource naturelle dont les stocks augmentent justement proportionnellement au peuplement de la planète.

La dernière perspective soumet au visiteur quelques scénarios d’anticipation ou de science-fiction, notamment celui de l’accès exclusif aux matière rares. Certains sont déjà dépassés par la réalité : on sait que Google s’intéresse à l’exploitation minière des astéroïdes dans l’espace tandis que d’autres multinationales recherchent au plus profond des océans les cellules qui feront avancer les biotechnologies.

Plutôt qu’un débat fermé d’experts ou de professionnels axé sur le produit et la consommation, le V&A choisit de s’intéresser au luxe en tant que concept grand public, vivant, instable et changeant, évoluant à travers le temps au gré des nouveaux enjeux sociaux, économiques et environnementaux. Politiques aussi, nous disent enfin les co-curatrices pour qui « le luxe est essentiellement une question personnelle ». Une question de liberté individuelle aussi, suggèrent-elles, quand seuls les plus privilégiés de la société tout numérique auront les moyens de sauvegarder leur Adn pour s’assurer l’exclusivité de leur identité biométrique.

Une récente enquête d’opinion menée par l’institut américain Pew Research confirme cette piste. Demain, il ne sera pas possible de vivre sans révéler ses informations personnelles aux gouvernements et aux sociétés, expliquent ses auteurs. Selon eux, peu d’individus disposeront des ressources leur permettant d’échapper à la captation de leurs données numériques. La vie privée ne sera plus un droit, mais un luxe.

Luxe Revue



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